D'ici Dance

CHRISTIAN PRIGENT EN TRANSE MISSION

J'ai entendu prononcer le nom de Christian PRIGENT alors que j'étais élève au Lycéée CHATEAUBRIAND de Rennes, un peu avant ces "évènements de Mai 68" qui m'ont précipité, pour longtemps, à Paris.

Christian PRIGENT, fondateur de la revue TXT, dans le sillage de TEL QUEL, alors inféodée au "Parti", constituait LA référence de l'Avant-Garde pour les plus branchés de mes condisciples.

L'un d'entre eux m'a entraîné, totalement îvre, sur le paillasson de son grand homme. Je me suis soulagé la vessie sur ce seuil, et, préférant, somme toute, le "leurre" de BONNEFOY, je suis allé bégayer dans un autre bistro.

Très vite, épris, sans illusions, sans véritable espoir, d'un Anarchisme Mystique, je me suis méfié du caractère totalitaire du Marxisme et d'un Formalisme ennuyeux et nocif, faussement subversif, qui a fait le lit des Technocrates qui, après avoir liquidé la Poésie, s'abandonnent aux charmes frelatés de "Storytellings" qui font rire la planète entière.

Tout ce petit monde s'est ensuite engoncé dans le col Mao pour effacer très vite les cris Surréalistes et Situationnistes qu'avait révélés la plage libérée de ces pavés, tout un joli mois. Les plus influents et les plus opportunistes -mais non la "masse" dont je m'honore d'être membre- se sont ensuite fondus dans la figuration du Pouvoir.

Et voilà pourquoi vos filles sont muettes !

Au passage, j'avoue une certaine tendresse pour le fourbe Philippe SOLLERS, "amie des fées" dans une dédicace de BRETON. Grand Maître des Sortilèges, effectivement ! Du moins, à lui, on ne peut pas lui reprocher d'avoir caché son jeu. Le jeu et le "je" étaient lisibles dès le pseudo ! C'était un avertissement dont il fallait tenir compte ! SOLLERS n'est pas double, mais multiple. Chacun de ses Avatars est fidèle à l'une de ses conquêtes féminines, à l'une de ses découvertes littéraires !

Il a écrit "Paradis", une petite merveille ! Et puis, même le "Portrait du joueur", ça me va !

Il a encensé DEBORD qui l'a méprisé ! C'est tout à fait dans l'ordre des choses !

 

 

Revenons à PRIGENT et aux braves gens qui le perpétuent !

J'ai pris note que le Grand Poète se produisait au Petit Palais, mercredi dernier. Pour rien au monde je n'aurais manqué cela ! Cet ex-Mao est tout de même un Breton ! D'ailleurs, je crois bien que "Mao" veut dire "cochon" en Breton. Il faudra qu'on me le précise.

Je suis arrivé très légèrement en retard. Il y avait beaucoup de monde. Beaucoup de jeunes. PRIGENT était déjà en train de lire un de ses textes. Je me suis mis au premier rang pour prendre des photos.

Le texte sonnait juste à tous les niveaux : rythme, sonorités, signifiés. Rien à "redire". L'auteur-comédien était visiblement en pleine transe-mission ! Ses mains dansaient ! Tout son corps était habité ! Il aurait fallu que cela dure deux heures, tout le temps de la rencontre !

Mais il s'est arrêté. Il a répondu aux questions de ses interlocuteurs sur la Tribune . Il a expliqué. Il a cru s'expliquer ! LaTribune s'est fait Tribunal et il a lancé ses anathèmes contre le Lyrisme, le Théâtre et les jeunes étudiants chevelus de sa jeunesse. Il s'est cru doté  d'une ironie mordante et son public, conquis d'avance, a souri !

Pauvre caricature d'un Corbière technocrate occupé à en découdre avec le Romantisme ! Ne voit-il pas combien lui-même est lyrique et théâtral, A SON CORPS DEFENDANT !

 

Dès que l'averse théorique et plutôt dérisoire s'est calmée, j'ai tenté de prendre la Parole. Est-ce de la paranoïa (critique, bien sûr !), dès que j'ai ouvert la bouche, j'ai eu l'impression d'entendre grincer des ricanements autour de moi.

Je n'ai certes pas le physique -ni le costume- de l'emploi. Le Poète contemporain est tout à fait convenable. Il a le "look" d'un représentant de commerce vaguement rustique, avide de notoriété comme un borgeois d'argent ! Nous sommes loin du gilet rouge de Théophile GAUTIER et de la crinière teinte de BAUDELAIRE !

Moi, j'adore jouer avec les signes et les modes. Je me déguise en moi-même Arlequin pour monter sur les planches de la Vie. Notre silhouette -surtout lorsqu'elle a l'ampleur de la mienne ! -est un excellent panneau d'affichage !  J'affiche mon amour de la vie, du théâtre , des êtres sexués et une certaine dérision qui, par les temps qui courent, n'est pas un luxe !

 

J'ai dit à PRIGENT qu'il avait bien tort de revendiquer l'héritage de QUENEAU (le père de tous ces Oulipitres qui occupent la place), qu'il valait bien mieux que cela ! N'était-il pas conscient qu'il portait quelques accents de la voix d'ARTAUD et des bribes du "Paradis" perdu de SOLLERS ?

Il tentait, selon ses propos, de maîtriser son corps ?

Echec total !

"Le corps a son Poème que le Poème ne connaît pas !" , ai-je osé proférer.

Et puis, j'ai posé aussi cette question, qui était une espèce de "MISE EN DEMEURE" :

"Comment, selon vous, la Poésie doit-elle jouer ou déjouer les cinq valeurs de la Société Industrielle:

1) Technique

2) Progrès

3) Travail

4) Pragmatisme

5) Sobriété ? "

 

Evidemment, il n'a pas pris note de ces cinq valeurs, pourtant dignes d'un répertoire Marxiste Léniniste du bon vieux temps (qui se perpétue pour quelques dinosaures) et il a retenu que je parlais d' "économie".

De manière complexe et -somme toute- embarassée, il a tenté de faire part de l'économie de ses "sens", de ses pulsions, de son Désir, somme toute.

Je ne lui en demandais pas plus ! A mon avis, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, il se dépasse, comme beaucoup d'Artistes qui, somme toute, théorisent à côté d'eux-mêmes - et souvent CONTRE eux-mêmes !

 

Comme j'avais ouvert la brèche -en faisant l' "idiot", peut-être, d'autres questions ont fusé, issues des lèvres de jeunes et jolies femmes à juste titre motivées ! Comme moi -mais peut-être pour d'autres -bonnes- causes et conséquences, elles s'intéressaient au corps de PRIGENT, si éloquent lors même qu'il se maîtrise.

Ces questions sonnaient juste. La dernière, notamment, ciblait l'étonnante asymétrie mains/visage de l'Artiste. Elle comparaît , de manière très heureuse, la face de l'Artiste à une eau calme et lisse. (De quels gouffres se déprend-elle, hypocritement ?)

 

PRIGENT s'est remis à parler, ronronnant.

Il a notamment affirmé, avec un superbe aplomb :

"Plus ça intéresse de monde, plus c'est intéressant ! "

Pour lui donner raison, sans doute, la salle de l'auditorium comble lui a répondu par un tonnerre d'applaudissement.

 

Pour conclure, il s'est remis à lire, de nouveau entraîné malgré lui par les grands chevaux de ses colères et de ses émois....

 

C'était beau.

Vraiment très beau.

 

 

 

Dominique   Gabriel      NOURRY



18/11/2010
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