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DU "POPULISME" EN LITTERATURE

ou: LE "DEGRE ZORRO" DE L'ECRITURE......

 

 

 

"Ainsi David Truscott, qui ne comprenait ni x ni y , a réussi dans le marketing, est devenu marketeur alors que lui, qui était à l'aise avec x et y , ett beaucoup d'autres choses, est un intellectuel au chômage. Qu'est-ce que cela donne à penser sur la façon dont va le monde? La réponse la plus évidente est que la voie qui passe par l'algèbre et le latin ne mène pas à la réussite matérielle. Mais on peut y voir bien plus encore: comprendre les choses est une perte de temps; si l'on veut réussir dans la vie, être heureux avec sa petite famille, avoir une belle maison et une BMW,, on ne devrait pas essayer de comprendre les choses mais se contenter d'additionner des chiffres, ou presser des boutons ou Dieu sait quoi, ce que font les gens du marketing et qui leur vaut d'être grassement récompensés."

 

J.M. COETZEE: "L'été de la vie" Seuil; (P. 22)

 

 

 

 

 

 

"Ceux qui  veulent écrire vite à propos de rien ce  que personne ne lira une seule fois jusqu'à la fin, dans les journaux ou dans les livres, vantent avec beaucoup de conviction le style du langage parlé, parce qu'iils le trouvent beaucoup llus moderne, direct, facile. Eux-mêmes ne savent pas parler. Leurs lecteurs non plus, le langage effectivement parlé  dans les conditions de vie modernes s'étant socialemement résumé à sa représentation élue au second degré par le suffrage médiatique, comptant environ six ou huit tournures à tout instant redites et moins de deux centaines de vocables, dont  une majorité de néologismes, lee tout étant soumis à un renouvelleement par tiers chaque semestre. Tout cela favorice une certaine solidarité active"

 

 

GUY  DEBORD:  "Panégyrique", tome premier, p. 18-19, Editions Gérard Lebovici, 1989

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout d'abord, je dois préciser que je n'aime pas beaucoup ce mot-là: "populisme". J'y entends "Peuple" et, trop souvent, ceux qui l'emploient  méprisent ce  Peuple (qu'ils veulent manipuler ou protéger de lui-même) qu'ils s'imaginent surplomber depuis une "Culture" qui, pourtant, laisse de plus en plus à désirer.

J'emploierais plus volontiers le terme de "démagogie", mais, puisque "populisme", aujourd'hui, se comprend mieux, j'emploierai "populisme". Est-ce du populisme?

Pour moi, il s'agit, en tout état de cause,  d'une attitude qui vise, consciemment ou inconsciemment, à séduire le peuple dans des buts mercantiles, personnels ou idéologiques.

 

 

En Littérature, le Romantisme est, depuis des décennies, considéré comme un mouvement particulièrement ridicule. Surtout le Romantisme Français! Ce qui est exotique nous paraît toujours doté d'étranges charmes...

Moi, si j'aime KEATS, SHELLEY et NOVALIS, je ne rejette pas pour autant LAMARTINE, MUSSET, VIGNY, HUGO , NERVAL, SAINTE-BEUVE, ALOYSIUS BERTRAND et MARCELINE DESBODES-VALMORE. Inutile de chanter la louange de LAUTREAMONT: plusieurs générations l'ont fait avec enthousiasme et talent! A mon tour, pourtant, je te salue encore, vieux MALDOROR!

Que reproche-t-on à nos Romantiques dont ISIDORE DUCASSE rejoue, dans la distance, les tics?

Leur emphase, leur goût de la période et de l'hyperbole.

Bien entendu, ils n'échappent pas à ces travers (ni à une certaine sentimentalité aujourd'hui perçue comme plus impudique que les détails sexuels). Mais si l'on veut bien ne pas se laisser si facilement rebuter, l'on a vite fait de discerner ce réseau de "CORRESPONDANCES" que BAUDELAIRE, Romantique tardif, ici sous l'influence de l'occultiste SWEDENBORG, a su mettre "au clair". Plus tard, beaucoup plus tard, ANDRE BRETON portera le regard vers le "SIGNE ASCENDANT"  qui se dégage du tissu miroitant des ANALOGIES. C'est à ce moment-là, précisément, que l'on frôle la Merveille!

Il ne s'agit pas d'un simple "divertissement" d'Artistes en quête d'une Vérité essentielle: ce processus, que l'ordinateur, pour l'instant, ne domine pas, est aussi à la base de la découverte scientifique. Les chercheurs qui s'intéressent à ce sujet le reconnaissent de plus en plus fréquemment. Il est donc salutaire de pratiquer ces "exercices spirituels" et de se maintenir en "EVEIL".....

 

 

L'écrivain contemporain,lui, contrairement à ses ancêtres Romantiques, est une "TETE DE LITOTE". Il en dit peu pour nous faire croire qu'il éprouve (et pense) beaucoup!

Cela fut d'abord une posture. C'est maintenant une nécessité. Noombre d'Auteurs, parmi les plus prisés -et dans  l'Esprit de tant de Collections!- ne  savent écrire que des phrases brèves et se contentent du vocabulaire le plus pauvre possible! Apparemment, ça arrange tout le monde: ceux qui ne savent plus ni écrire, ni penser, ni ressentir et ceux qui ne savent plus lire! C'est la "DEMOCRATISATION CULTURELLE"!!!

Evidemment, il reste quelques individus qui conservent précieusement les "anciennes clés". Eventuellement, ils lisent "La recherche du Temps perdu" avec plaisir et sans difficulté.   Ca leur ouvre bien d'autres portes!....

Mais leurs "vices secrets", ils préfèrent les garder jalousement pour eux. "On ne donne pas de la confiture à des cochons", pronostiquaient autrefois les gens du Peuple. C'est bien leur sentiment.

Parfois, peut-être  par pure perversion, comme un chat avec une souris, ils jouent avec leurs victimes. Cela donne l'exposition "Dreamlands", par exemple,  qui, selon une jeune fille cultivée de mes amies, relève, peut-être du pur et simple "cynisme": ne plonge-t-on pas le visiteur dans cette ambiance, tissée d'enchantements factices,  que l'on prétend dénoncer?

Evidemment, il y a  des choses qui se savent encore en "haut lieu". DEBORD, somme toute, l'un des derniers "Ecrivains" contemporains -mais un Irréductible de première classe!- est revendiqué (voire adroitement détourné) par tout le monde et  surtout par ceux qui, ne l'ayant jamais lu, ne vont jamais au cinéma sans évoquer d'un ton docte et compassé "La société de Spectacle"! Les Ecrits de l'Insurgé décédé sont considérés comme "Trésor public" et l'on convoque les Mécènes pour les mettre "à l'abri"!

 

Bien heureusement, parmi les jeunes gens, il reste des Dissidents. Ils sont bien courageux! Leurs relations doivent les considérer comme LOURDEMENT impliqués dans la "prise de tête" qu'une savante manipulation, orchestrée par les Technocrates et leurs amis politiques, fait considérer comme la pire des tares.

De jeunes adeptes, à présent, (actifs et bouleversés!) se massent au Club des Poètes.Beaucoup écrivent eux-mêmes. Parmi les adolescents des "quartiers" de banlieue, dont on ne veut retenir que certaines dérives, la Poésie, plus que chez nombre de nos cadres "installés", a "droit de cité". De manière évidente, elle constitue pour quelques uns une essentielle Valeur. Elle transparaît dans le Rap et le Slam, parfois avec bonheur. Il est évident que, d'ores et déjà, de grands Artistes, plus proches de VILLON et de notre Tradition que certains Professeurs, Grands Rhétoriqueurs et certains hommes de Lettres "bon teint", émergent et peuvent s'imposer si on les met en valeur.

Parfois, les jeunes "défavorisés" ont un grand désir de Culture. Dommage qu'à ce désir on ne réponde trop souvent que par le misérable pouvoir "technique" que confère la "Stylistique", ce qui, évidemment, éloigne la plupart des gens de toute écoute et de toute pratique littéraires -et pour longtemps! -et, souvent, pour toujours!

 

 

Vous prendrez bien le R.E.R?  Revenons donc à nos Elites Parisiennes (à nos "moutons",, somme toute!). Nous condamnant à la débile litote que  l'on est sommé de trouver "tendance",elles nous décervèlent!

Dans "Farenheit 451", le livre de RAY BRADBURY, les derniers Lettrés apprennent par coeur les livres que l'on a condamnés au bûcher. Même si c'est moins "spectaculaire",, c'est au même devoir que sont requis les Dissidents. Les créations des Ecrivains du Passé, il faut se les approprier, les retenir, les transmettre! Il ne faut pas craindre la difficulté: au bout du compte, on est tellement récompensé! Il ne faut pas se laisser paralyser par l'Idée stupide du Progrès. Les siècles passés ne sont pas, d'ores et déjà, destinés à la "corbeille". Il y a bien un Progrès technique, médical et scientifique, et c'est tant mieux! Peut-être sur certains points essentiels y a-t-il, malgré tout, un Progrès social et politique... L'Avenir nous le dira. Mais en Art et en Littérature, il n'y a pas de Progrès. Houellebecq n'est pas supérieur à Homère! Il ne faut pas faiblir dans cette "guerre du goût" que conceptualise SOLLERS.

 

 

Par la grâce" du Net me proviennent de l'Etranger, les voix de jeunes gens qui, parfois, s'intéressent à notre Culture. Ce n'est pas toujours facile pour eux! Peut-être nous la rendront-ils un jour, non pas intacte mais vivifiée! De notre côté, à l'heure de la Mondialisation, comme nous y invite MICHEL LE BRIS, nous avons tout intérêt à nous laisser séduire AUSSI par les Ailleurs de la Littérature. Nos malheureux "tics" n'affectent pas -encore- toute la Planète comme certaines chaînes de Fast Food, Dieu merci!, et il nous est donc possible de nous ressourcer là où les eaux, encore claires, ne sont pas polluées par les préjugés et les injonctions de nos dérisoires "Elites".

L'Elitisme n'est-il pas aussi, tout bien "pesé", un POPULISME haut de gamme à l'usage des Notables (politiques, économiques et culturels) de la République? 

 



24/08/2010
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