D'ici Dance

FACE A FACE, BOOK

Je reviens à peine, la serviette sous le bras -noire et blanche, évidemment-, de ces jolies plages que nous dégagea Mai 68. J'ai beaucoup aimé le bain de foule de ce mois-là! Bien sûr, ces plages ont vite été polluées. Marxistes de tous poils, flanqués de quelques Anarchistes sectaires, se sont rapidement emparés du terrain, semant, tout de suite, la plus parfaite confusion. Quelques années plus tard, ce sont les Libéraux, de gauche ou de droite, qui, croyant le terrain vague, ont profité de son idéal agencement pour édifier leurs temples laborieux et marchands.

Moi, de l'insurrection de Mai, je garde le souvenir d'une fête ouverte à la Lumière, au Partage et à la Transcendance.

Jamais on ne s'est tant interrogé sur le sens de la Vie, sur le sens de nos Vies.

Avec tous les inconnus rencontrés nous avons dialogué, communié, fraternisé. Il ne s'agissait pas de faire de la "com" mais de poser cette question, clairement énoncée par les vrais poètes: "Qui vive?"

 

A peine  revenu de ces instants magiques, je découvre "Facebook".Je m'avance dans l'Inconnu, sans trop de prudence. Pourquoi craindre  l'Aventure? Je deviens vite l'"ami" de quelques personnes vivantes que j'aime et que j'admire profondément. Par la même occasion, je deviens l'"ami" de certains de leurs "amis", dont le profil m'a séduit.

A priori, j'adore la plage  virtuelle. Chacun -comme en 68- peut s'exprimer, se faire entendre, écouter des Inconnus. Cela paraît merveilleux!

 

Mais les profils sont souvent largement occultés. Magazines et livres me mettent en garde. Même le Président des Etats-Unis a mis en relief certains dangers inhérents aux réseaux sociaux. Attention aux escrocs, aux pédophiles, aux plaisantins, aux polices, aux terroristes, aux chefs d'entreprise intrusifs et licencieurs! La vie privée des Français est en péril!

Le Dissident hausse les épaules. La vie privée? Quelle vie privée? Mes concitoyens passent le plus "clair" de leur temps au travail Quelques uns de leurs emplois sont salutaires. Beaucoup d'autres sont parfaitement inutiles et ne satisfont que les  diverses addictions que, sous couvert de Progrès, le système mercantile stimule en tous lieux,en tous temps.

Toujours est-il que ce travail, auquel s'ajoutent souvent de longs et pénibles transports, est épuisant.

Rentrés chez eux, les forçats de la civilisation industrielle dînent en regardant le journal télévisé -et la météo! et le loto!- ,puis s'effondrent, à moitié ensommeillés, devant leur écran. Il faut bien se "vider la tête", comme ils disent.

Lorsqu'ils ont un instant de loisir, ils jouent aux jeux "video" ou font du sport: le culte du corps et de la force, appelé aux pires désillusions, est tout ce qui leur reste de Religion! Tout le Sacré en kit dans le sacrum!

Sexuellement, lorsqu'ils ne sont pas tout de suite plombés par les cauchemars qui se pressent au portillon, malgré les flamboyants effets d'annonce des magazines et des films pornos très regardés, je les imagine plus sollicités par la position du Missionnaire que par le Kama-Sutra!

Ne négligeons pas qu'il faut -c'est, pour la plupart, leur insurpassable horizon!- arpenter les hypermarchés, aménager le petit intérieur et faire, de fond en comble, un impeccable ménage!

Quelle exaltante vie privée! Que de pépites à exploiter sur Internet!

Je ne crois pas que, dans le fond, des êtres humains se satisfassent de cette vie. Nombreux sont ceux qui doivent prendre des antidépresseurs ou manifestent, à tout propos, de l'aigreur et du ressentiment. Eux dont les ancêtres vivaient dans des villages ou chacun avait sa place et bénéficiaient de solidarité (mais aussi, subissait commérages et stigmatisations!), eux, tous ces Inconnus qui m'entourent dans la grande ville, dans le continent, dans le Monde, souffrent d'être enfermés  dans un terrible anonymat. Beaucoup rêvent de "passer à la TV",, même dans le cadre impudique d'un "reality show", d'autres laissent un peu partout trace de leur présence sous forme de tags ou de graffiti, d'autres - beaucoup trop nombreux, paraît-il,- envoient leurs manuscrits aux éditeurs débordés. Tous veulent leur "quart d'heure de célébrité", l'impression,  simplement, d'exister aux yeux des autres.

Une grande marque a "lancé" un tee-shirt procclamant: "Je suis unique".Moi, je ne trouve pas cela grotesque ni ridicule,même si des milliers de femmes arborent cette revendication cet été. Je trouve cela, somme toute,légitime et touchant.

 

Facebook renoue donc avec ce désir, tout à fait honorable, humain, de rencontrer, de faire connaissance. Ce n'est pas tout.Ce peut être un premier pas. On a vu, du reste, certains réseaux sociaux déstabiliser des régimes tyranniques. Ce peut être aussi l'une de leurs -positives- fonctions.

Si des hommes de pouvoir, politiques, chefs d'entreprise, qui ne justifient leur action qu'au nom de la Liberté, se mêlent d'entraver, par leurs intrusions déplacées, celle  de leurs concitoyens, alors, nous saurons nous en souvenir et y remédier! Particulièrement puissants et visibles, aussi soumis à leurs pulsions que leurs subalternes, ils peuvent se révéler particulièrement vulnérables!

 

La révolution des réseaux sociaux sera peut-être aussi déterminante que celle de l'imprimerie. Cette première découverte technique a su élargir les possibilités de production et de diffusion de la Littérature et du Savoir. La position de l'Auteur ou du Savant s'en est trouvée considérablement mise en valeur. Pour le meilleur et pour le pire! Nombreux sont ceux qui, à cette époque et dansles suivantes, ont dû subir les persécutions des pouvoirs en place. On ne compte pas, du XVIe au XVIIIe siècle, les "exécutions"" et les emprisonnements.

Dans les modernes pays "démocratiques", les persécutions se font plus rares, du moins en Occident. Les "hommes libres" qui ont, plus ou moins, échappé au très efficace "formatage" de la société libérale s'autocensurent ou sont bâillonnés. Il suffit tout simplement de ne pas les éditer -lorsqu'ils ne s'inscrivent pas dans la "ligne éditoriale" ou dans l' "esprit de la collection" ou de les exclure du champ des tout puissants media. La "liberté d'expression" n'est alors que celle de  s'égosiller dans le désert et de n'être entendu de personne!

 

Or, voici venir les réseaux sociaux. et quantité de voix "non autorisées" peuvent résonner et même, parfois, être entendues de certains.

C'est un vrai désastre pour les petits Marquis de la "République" des Sciences et des Lettres, diplômés, accrédités, souvent héritiers, qui, seuls, avaient, jusque là, droit à la parole et à l'attention.

On sonne le tocsin! On prédit mille calamités! On se serre les coudes et l'on tente de jeter l'opprobre et le mépris sur les Aventuriers de la Toile.

 

Il faudra pourtant, de gré ou de force, qu'ils composent, ces Messieurs! Pour ma part, je serai, sans doute, peu lu, donc peu visible. Malgré tout, à mon tout petit niveau, comme  Rousseau, au risque de la calomnie, je m'expose.

J'habite, de mon plein gré, la maison de verre de mes amis Surréalistes.Que l'on y vienne voir si l'on veut. Le joli mois de mai 68, à l'échelle de l'Histoire, n'est pas encore bien loin, mais nous commençons, décidément, à MANQUER D'AIR!

Que se lèvent alors les grands vents du Virtuel et qu'ils bouleversent,, si peu que ce soit, nos trop réels Enfers (évidemment pavés de  bonnes intentions!)

 

 

Dominique Gabriel NOURRY

 

 

 

 

 

 

 

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18/08/2010
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