D'ici Dance

UN POETE JUGE L'ECOLE

"La grille est un moment terrible pour la sensibilité, la matière"

 

Antonin ARTAUD

 

 

 

 

Pour nos Ministres, nos Inspecteurs et notre bon peuple.

 Les courbes et les statistiques qui se multiplient auraient pu inspirer un chant de LAUTREAMONT.

 

C'est donc en Poète que j'en parlerai. Rien de plus. RIEN DE MOINS.

Si vous avez la chance de converser avec de jeunes enfants, encore à l'Ecole Primaire, c'est avec sympathie qu'ils vous parleront de Poésie. L'un vous récitera "Le Pélican" de ROBERT DESNOS, l'autre "Demain dès l'aube" de VICTOR HUGO. Peut-être même entendrez-vous "Ma bohème" de RIMBAUD. Tous les "Maîtres des Ecoles" ne sont pas RENE GUY CADOU, mais beaucoup sont sincèrement épris de culture.

Or, que se passe-t-il ? Les jeunes gens qui réussissent honorablement le bac et gonflent ainsi les pourcentages se désintéressent, dans leur grande majorité, de la Poésie. Non seulement ils ne cherchent pas à découvrir les contemporains mais encore délaissent TOTALEMENT les Classiques qu'on leur a enseignés.

Que se passe-t-il ? Pour comprendre, il suffit de parcourir les "Instructions officielles" à l'usage des professeurs de Lettres. Tout un fatras de stylistique, de rhétorique et de linguistique les encombre. Tout est classifié, desséché, compartimenté ! Ciblez vos objectifs, mettez en oeuvre tous les moyens que vous voudrez puis EVALUEZ ! L'évaluation, c'est l'essentiel. Comme en entreprise.

Grâce à ces desséchantes méthodes, les élèves réussissent leurs "contrôles", réussissent un bac programmé et rabâché mais échouent dans les Universités autant qu'aux "grandes écoles", mais surtout -et c'est le plus grave- échouent dans la Vie. A travers eux, c'est toute notre culture qui échoue. Les professeurs, formatés par des fonctionnaires pédants et superficiels produisent, en dernière instance, de la "chair à télé" !

Gare, évidemment, à l'Enseignant, lui-même Poète, qui trahit les programmes et se mêle de stimuler le goût, toujours en éveil, de ses élèves. C'est très cher -et sous n'importe quel prétexte- qu'on lui fera payer son audace !

 

Très certainement, la situation peut être plus favorable dans les collèges difficiles. Les Professeurs, auxquels on sait gré d'échapper au suicide, sont moins surveillés. On soutient même leurs "projets". Sur leur route ils rencontrent évidemment d'atroces lascars mais aussi, dans les marges, d'apprentis VILLONS qui fourbissent parfois leurs âmes et leurs armes en rapant ou slamant.

Comédien, j'ai rencontré dans ces lieux, des êtres de qualité. Elèves et Enseignants. La voix des Griots, parfois, résonnait encore dans les coeurs et l'on écoutait la mienne.

 

Alors, la faute à qui, ce naufrage de la Littérature dans les Lycées ?

A BARTHES, à PROPP, à leurs séides et leurs minables disciples.

Lorsqu'il s'agit de "démonter" (Une publicité, une émission de T.V., un discours politique), ces gens sont pertinents. A ce niveau-là, d'ailleurs, ils n'exercent pas suffisamment leurs talents. Dommage ! Nous rencontrerions moins de citoyens naÏfs et manipulables.

Mais, un Poème, on ne le démonte pas ! Vous prenez le flocon entre vos gros doigts, et lorsque vous en avez décrit la structure, il n'en reste rien.

Ne vous cherchez pas, pour vos sales manoeuvres, des alibis démocratiques ! A quoi bon partager équitablement DU VIDE ?

 

Evidemment, BARTHES était un homme intelligent et il savait très bien où tout cela menait. Mais il était un homme excessivement arriviste et le Structuralisme était son fonds de commerce.

Il a réussi, indéniablement, et pas seulement, comme il le méritait, pour ses "Mythologies".

Pour plus tard il se réservait la vraie Littérature et les délices de cette "saveur" qu'il nous laissait entrevoir.

Il est mort trop tôt.

L'Enseignement de la Littérature est mort aussi.

 

Il faudra maintenant beaucoup de ferveur et d'audace pour susciter, loin du triste apparat des Grands Rhétoriqueurs, une RENAISSANCE.

Tous ces jeunes gens, issus d'illustres Khagnes, qui affluent, ces derniers temps, au Club des Poètes me donne lieu d'espérer. Cet "acte gratuit" les honore.

 

Je les salue, moi, le vieux Poète, avant de reprendre mon petit blog de chemin.

 

 

 

Dominique  Gabriel   NOURRY



30/09/2010
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