D'ici Dance

L'AUTRE RIVE

" A jamais "

    

          Séverine Pineaux

 

 

Comment ne pas s'arrêter devant l'enseigne "La Ville d'Ys" qui signale une mystérieuse boutique livrée, semble-t-il, aux caprices des audacieux Voyageurs qui s'aventurent au milieu du Printemps à Huelgoat, au centre de la Bretagne ?

Loin des plages et des vagues et de l'odeur du varech si propice aux Amours péninsulaires !!!

 

Loin, dirait-on de presque tout !

Ce qui n'est pas pour me déplaire !

 

Il me vient à l'Esprit, je ne sais pourquoi, une vague réminiscence de "La Peau de Chagrin", ouvrage de Balzac découvert lors de mes années lycéennes .

La boutique est pleine d'ombre, c'est vrai, mais y scintillent des dizaines de fées Clochette, plus épanouies les unes que les autres .

Ici aussi, comme dans la forêt, c'est la saison des pâquerettes .

 

J'en touche tout de suite une, d'une légère caresse . C'est plus fort que moi !

Que ne puis-je ainsi effleurer les passantes dans les rues de Paris !!!

 

Ici, ce n'est pas interdit : ces femmes-objets ne sont ni farouches ni féministes !!!

Mais on les sent totalement impénétrables !!!

 

Ce sont elles, à l'orée de leurs bosquets intérieurs, qui accostent les hommes, les envoûtent et, parfois, tout de bon les dévorent !!!

 

Celle qui est en amour, a moitié allongée dans un canapé, la paume de la main sur la joue, ne regarde pas le Visiteur : elle est beaucoup trop absorbée par cette lumière orangée qui sûrement émane du Lutin qu'elle a choisi .

Infidèle à sa mission, Spirituelle, elle délaisse les Humains qui, par vengeance, bientôt la traiteront de Sorcière !!!

 

Jamais elle n'aurait dû tant ressembler à Tseult la Brune !!!

 

Je sais que l'étreinte de la suivante dont les yeux roulent dans les miens comme une houle s'éplorerait dans une extase végétale dont jamais n'est revenu le moindre Aventurier .

 

Est-il bon que les Enfants de la Terre s'unissent aux filles du Cosmos ?

 

Je jette à regret un regard sur la plus jolie, bleutée en ses longues feuilles qui évoque, le front couronné de branches, l'émergence du Printemps et je me tourne vers les dimensions plus humaines de la Marchande de ces bibelots qui, n'étant ni abolis ni insonoores commme ceux que l'on trouve dans les salons Parisiens, sont bien désirables .

 

La Marchande est petite, bien tournée, tout à fait avenante, mais sur ses joues roses et jusqu'au bord de ses yeux bleus, inaltérables, le Temps, insatiable araignée, a tissé sa grise toile .

C'est ainsi qu'il a commis aussi sur mon visage Indien son spectral forfait !!!

 

 

Il n'empêche que la Voix qui s'élève et fait frissonner les ailes n'a rien perdu de ses intonations .

 

J'ai demandé pourquoi, en cette contrée lointaine, tant d'Anglais se sont installéS .

Mon hôtesse, aux "Ajoncs d'or", est Britannique .

Lorsque je suis allé à la réception feuilleter quelques revues, j'ai rencontré Angela LOCKE de Penrith dont j'ai découvert les vers troublants .

La carte qu'elle m'a laissée indique :

" The world is imagination set free "

A la librairie "L'Autre Rive" qui se niche au mileu de la forêt, le journal, dédié aux Merveilles du Centre Bretagne, est rédigé dans la langue de Shelley !!!

 

Evidemment, à cette immigration pleine de délicatesse, on peut trouver des raisons éconoomiques .

Cela peut-il convaincre un Poète ?

 

Mon interlocutrice m'explique, avec beaucoup d'esprit, que les anciennes Mythologies des deux Bretagnes -et même des deux Cornouailles- se ressemblent étrangement .

Tous les Français ne sont pas Rimbaud -loin de là !!!- et ils sont peu enclins à distinguer des Eglises au fond des Lacs !!!

Trop de Raison -même issue des Lumières- peut obscurcir !

Donc, bienvenue aux Emissaires d' Outre Channel !!!

 

La Marchande, à présent, déplore avec beaucoup de conviction, que nos compatriotes ne croient plus au " Petit Peuple" .

Elle, elle y croit ! Dur comme fer ! Comme Féerie !

 

Trop de gens l'ont déjà menacée d'appeler les "blouses blanches " !

Les Mécréants !!!

 

Elle se réjouit avec délectation des malheurs qui frappent régulièrement les sceptiques . L'un s'est ouvert le front, l'autre a raté la marche du pas-de-porte !

Ne parlons pas de tous ceux qui ont failli se faire écraser en sortant du magasin !!!

 

Les Lutins en rient encore !!!

 

Je suis saisi d'un doute :

je n'ai jamais bien compris ce que signifiaient ces points de suspension au milieu du "Diable Amoureux" de Cazotte.... Ils se sont posés là, comme les pierres d'un gué dans la rivière qui nous sépare de l'Autre Monde .

 

Que veulent dire, décidément, tous ces Diables qui se pourlèchent au fond du moindre gouffre, ces portes de l' Enfer qui battent au vent à la moindre tempête, ces exorcismes qui pèsent à l'huis des chapelles ?

 

Répondez-moi Salamandres, Gnomes, Ondines et Sylphes !!!

 

Bien sûr, j'ai tenté de dénoncer le mauvais coup dans mon Mémoire sur "Le Roi-Pêcheur" de Julien Gracq au début des années 70 mais je me suis appuyé sur les stimulants Ecrits d'un Jean MARKALE qui, un soir d'Automne à Brocéliande, s'est surtout révélé Poète !!!!

 

Malheur de l' Histoire, pleine de H, qui se défie des Récits !!!

Comme si le Grand Récit de la Défiance n'était pas un autre Récit !!!

Malheur des Sciences, des Sciences Humaines, Inhumaines, tellement exactes !!!

 

Les Lutins -qui ont toujours eu l'Esprit Quantique- en rient encore !!!

 

.............et se racontent la blague d'un Chat de SCHRÖDINGER qui vaut bien celui de CHESTER dont Lewis CARROLL troubla Alice .

 

Pour conforter mon aimable Epicière des Sortilèges, je lui cite, d'un ton nonchalant  Jean-Louis BASDEVANT, Professeur Honoraire de l'Ecole Polytechnique :

 

" c'est en "observant" le chat qu'on le détruit "

 

Parole d'un Très Savant, autant dire d'un Druide !!!

 

L'affaire est close, c'est évident !!!

 

Je souris Je salue . Je sors .

 

Comme le Chat de sa Boite !!!

 

Mais je suis tout de suite rongé par l' Inquiétude, en proie au fameux Principe d'Incertitude !!!

 

Une violente angoisse m'envahit :

 

suis-je vivant ou mort ?

 

 

Comme un personnage féminin de D.G. NOURRY, je suis pétrifié . Je ne peux plus faire un pas .

 

Je me blottis, comme un Faune blessé, à l'angle de la rue et j'attends l' Amie du Petit Peuple .

Je suis misérable .

Je n'ai vraiment rien d'un Héros d'Héroïc Fantasy malgré mon tee-shirt à l'effigie de Wonder Woman qui a bien fait rire, lors de mon voyage en car les collégiens de Carhaix, épris comme leurs commpères Parisiens de Rap Américain !!!

J'attends....

 

 

......................................................................................................................................;

 

 

Le soleil se couche plus tard à l'Ouest, c'est évident, mais il finit toujours par se coucher .

C'est au Crépuscule, dans un orangé semblable à la robe des premières Fées que sort la décisive Passante qui connaît toutes les issues du Songe .

 

Furtif comme un voleur, je la suis .

 

Je la suis .

 

Dans l'ombre lourde de tous ces arbres dont je n'ai jamais su le nom .

 

Elle emprunte le Sentier Pittoresque mais évite la Grotte du Diable et ses délicieuses tentations qui font peur aux Chrétiens .

 

Elle marche lentement : l'âge sûrement lui pèse à elle qui doit rester debout toute la journée dans sa boutique .

Cela m'arrange bien : mes poumons enfumés par des cartouches et des cartouches de "celtiques" ne répondent plus au Poste de Pilotage .

 

Nous passons près du Théâtre de Verdure et cela réveille ma Nature de Comédien : pour les genêts endormis, pour eux seuls, je murmure les vers de "Bretagne", mon Poème préféré de Jean-Pierre ROSNAY .

Puissent pour lui s'ouvrir les corolles des lointaines Etoiles .

 

Très certainement, nous sommes loin du Chaos qui ouvre le Chemin et de son Moulin qui broie infiniment le noir de la Nuit des hommes en Guerre .

Le Ménage de la Vierge à présent nous propose ses meubles géants et les Dieux Anciens soupirent d''aise au point que se lève un petit vent frais qui me fait frissonner .

 

Qui dirait l' Invisible ?

 

Qui mutilerait l'Invisible ?

 

Qui saurait abolir l' Invisible !

 

Il faudra grandir, petits Soldats, pour vous asseoir à la Table de l' Eternité !!!

 

 

 

Ma Velleda hésite au Carrefour :

Va-t-elle prendre le Chemin des Amoureux ou l' Allée Violette

Nous sommes au bord du Paradoxe.

 

Elle tourne furtivement l'oméga de ses yeux vers moi comme si elle savait, depuis son Apparition, que je la suivais .

 

Elle choisit l'Allée Violette laissant à d'autres corps le soin de froisser les nouveaux boutons d'or .

 

Que cette Quête dont j'ignore tout me semble longue tandis que monte en moi un incompréhensible Désir .

 

J'ai bien tort de me plaindre .

 

A présent, nous sortons de toutes les Voies Humaines . Je trébuche et je ne reconnais rien des lieux que j'ai repérés hier .

Mes jambes sont griffées . Mes pieds quittent difficilement le sol et je ne vois plus les Astres .

 

Lorsque s'approche la gueule du Gouffre, c'est une caresse inconnue qui me dérobe l'écharpe de la même couleur que l'année que nous venons de parcourir que je porte à mon cou, en souvenir de Toi...

 

Faut-il dire, sans faire sourire, que c'est, comme par Enchantement, que nous nous approchons de la Mare aux Fées ?

 

Elle luit sous la Lune Nouvelle et je prends une photo pour apporter plus tard -que je survive ou non- la Preuve incontournable de cette Aventure .

 

L'eau est très limpide . Les étoiles y rêvent d'Ophélie et le grand arbre qui s'érige sur la berge ne trouble pas le Ciel .

 

Pas un crapaud en vue : ma petite Marchande de Merveilles n'est pas venue réveiller le Prince Charmant dont la Cour, d'ailleurs, se tient maintenant sur un Autre Site .

 

Tandis que la Femme s'approche d'une table de granit ronde qui se tient dans le halo de l'onde, je l'observe intensément, sans avoir peur d'être vu .

 

Elle se déshabille ni trop vite ni trop lentement .

La longue robe bleue turquoise

glisse

dans l'herbe fraîche .

 

Et tout le reste aussi .

 

Elle se couche doucement sur la pierre sacrificielle .

 

Je sens sur sa peau le contact froid, rugueux .

 

Elle semble presque s'endormir .

 

Un éclair .

 

Puis la Nuit .

 

La Nuit profonde ou je crois me noyer .

 

Lorsque revient la Clarté, très intense, je vois comme la peau fânée est redevenue blanche, comme la taille est redevenue svelte, comme le port de la tête, cet après-midi accablé est redevenu altier .

 

Elle s'élance souple, sur le chemin d'un Eternel Retour dont je suis indigne .

 

 

 

Alors, lentement, par la route, sûr de mon Fait et des Fées, je reviens vers vous pour vous raconter .

 

 

 

 

 

 

Dominique   Gabriel      NOURRY

 

 

 

 

 

 

 

Invisibles illustations

dont je remercie

 

les Auteurs

 

 

 

Le titre l' "Autre rive " est aussi le titre d'un délicieux Roman de G.O. Châteaureynaud .

 



19/04/2011
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