D'ici Dance

LIGNE DE FUITE (1976) - 1

Tel récit longe la vie ; la vie s'y perd. La lettre libertaire brode les viols religieux. Le poète parle  d'ailleurs, commute en cri l'oubli dont cette civilisation cerne la survie.

Restent les larmes et la folie., hors l'écrit et la promesse de ne plus maquiller d'inutiles signes la blancheur interdite du papier -qui sait.

 

Je n'ignore rien de l'inutilité de ces lignes. La femme du récit a donné le jour à des enfants qui ne se doivent à nulle fiction et seront techniciens.

 

Dans les cafés je hurle comme autant de révélations des paroles absurdes, des boutades molles, une chronique impatience de dormir.

Reste l'espoir de te rencontrer.

Ne t'inquiète pas : je ne te collerai pas de métaphores sur la gueule, je ne t'écrirai pas, je ne te décrirai pas, je t'écouterai, je t'écouterai.

A la lettre, écoute sera le récit nouveau.

 

 

 

Le premier personnage s'appelle Morgan en souvenir d'un film que j'ai beaucoup aimé. Il n'a pas de visage. Je ne souhaite pas qu'il en ait un. Donnez-lui un des vôtres, celui qui ne vous sert plus, le triste, le fatigué, le désabusé. Mais découpez les yeux, laissez y des trous, j'y glisserai ce regard, ce désir, cette envie panique d'aimer que vous n'avez connue qu'une fois, la première fois.

Je ne peux pas vous en vouloir. La première fille que vous avez aimée, elle vous a souri de ses trente six dents toutes blanches qui brillaient sous les néons comme des hosties et le soir même s'est donnée à vous.

Vous n'avez pas récité pour Nadine ces stances iréelles où se noya son simulacre.

Morgan non plus, pourtant. Morgan n'est pas l'auteur du récit. Il n'a pas d'âge, pas de situation, pas de livret militaire ni de cate d'électeur. Il sera sans doute très heureux ou peut-être, si le veulent les hasards du texte, très malheureux. Cela n'a pas d'importance puisque je n'existe pas, puisque moi-même je ne suis que jeu.

 

 

 

Jeu d'esprit, jeu de mots, jeu de mort, jeu dramatique. Je suis votre jeu préféré mais je ne me complais pas dans cette situation. Je ne m'effeuillerai pas en délicats poèmes pour vos beaux yeux. Je ne suis pas poète. Les décors se changeront "à vue". Je suis un joueur. Pas fair-play du tout. Le but du jeu :en inventer la règle.

 

 

 

Une place publique cernée de voitures. Trois bistros. L'un s'appelle le Narval. Une marchande de journaux assise dans son kiosque. Elle s'appelle Germaine Lavoisier. Elle a quarante huit ans et déjà toutes ses varices. Les gens qui la connaissent vous diront : "Malgré ses airs revêches, c'est une brave femme. Elle a beaucoup souffert. Son mari est mort à la guerre."

En ce moment, elle pense à ce jeune homme, Patrick P.,  qui a étranglé une petite fille. Elle frémit d'indignation. Cette enfant aurait pu être sa fille. Elle voit le meurtrier gravir l'échafaud. Le prêtre qui l'assiste, malgré tout son dégoût, lui parle avec amour et douceur. Le visage de l'assassin est fermé. Il n'écoute pas. Il tremble un peu. Une larme soudain coule sur son visage. Il supplie. Il demande grâce. Le couperet tombe avec fracas. La tête roule à terre. Germaine sourit et, machinalement, d'un geste de ménagère s'essuie les mains avec sa robe.

"Dommage, se dit-elle vaguement, que les exécutions ne soient plus publiques....."

Un jeune homme aux yeuxbrillants s'approche de l'étalage. Il jette un coup d'oeil sur les revues pornos et un long regard à "L'Humanité Rouge".

"Pourriez-vous m'indiquer, soudain demande-t-il, la rue Monge ?"

Madame Lavoisier minutieusement d'abord examine son interlocuteur. La trentaine, cheveux trop longs, un col de chemise pas net, cheveux trop longs et barbe, partout barbe, barbe longue épaisse.

Tout cela très vite. Les types de cet acabit, ça court le quartier.

 

 

 

Lui. Dérives du corps. Glissements d'angoisse ou de désir. L'angoisse de désirer. Désirer l'angoisse.

Jeu. Jeu de mots. Jeu d'esprit. Quelque part dans son présent, dans sa présence, il y a du jeu.

Du jeu.

Lui. Une mémoire. Une histoire. Un récit.

Je m'appelle Morgan. Je suis né en 1947 à Poitiers. J'ai vécu six chagrins d'amour, trois désespérances et quelques désillusions.

Une histoire. Des histoires. Le récit ne fait pas d'histoires, serait l'histoire. Tout le reste, tout ce que vous chercheriez de simplement vital, est sans histoire.

Le récit s'inscrit contre l'histoire, simplement.

Il est, à la lettre, synchronique.

Assis sur une marche, René. Il m'attend.

"Ah, te voilà Morgan ! On s'est gourrés en te donnant l'adresse du restau. Alors, je t'attendais."

Suivre l'attente de René. L'absence d'une fille blonde qui lui parle.

 

 

 

 

 

A suivre.......

 

 

Dominique  Gabriel    NOURRY

 

 

 

 

 

 

 



29/10/2010
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